Objectifs
Chez le patient polytraumatisé, le traumatisme du bassin représente un déterminant majeur de mortalité, principalement en lien avec le risque élevé de choc hémorragique. En phase préhospitalière, la stabilisation mécanique initiale repose sur la mise en place de ceintures pelviennes, dont l’efficacité biomécanique est bien établie. Cependant, leur utilisation demeure hétérogène et leur application souvent imparfaite. Peu d’études ont spécifiquement évalué l'impact de ces dispositifs sur le saignement actif artériel, et aucune d'entre elle n’a jusqu’à présent analysé l’influence de leur qualité de pose sur ce paramètre.
L’objectif principal de l’étude était d’évaluer la proportion de ceintures pelviennes posées selon les recommandations SFAR–SFMU 2017. Les objectifs secondaires visaient, d’une part, à identifier les facteurs anatomiques et cliniques associés aux malpositions observées, et d’autre part, à apprécier l’effet de la qualité de pose sur la persistance ou la réduction du saignement artériel actif.
Matériel et méthode
Une étude rétrospective monocentrique a été conduite au trauma center du CHU de Clermont-Ferrand sur la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2023. Ont été inclus tous les patients admis au déchocage présentant au moins l’un des critères suivants : fracture pelvienne, pose préhospitalière d’une ceinture pelvienne ou indication clinique de contention pelvienne. La qualité de pose, évaluée selon la hauteur et le serrage, a été analysée à partir des examens tomodensitométriques, relus en aveugle par une radiologue junior et un radiologue sénior expert en imagerie musculo-squelettique.
Résultats
Sur les 2 577 patients admis au déchocage durant la période d’étude, 1 016 présentaient une indication de contention pelvienne. Une ceinture pelvienne a été appliquée chez 31 % de ces patients, proportion atteignant 41 % en cas de fracture. Plus de la moitié des ceintures étaient correctement positionnées, et 32 % combinaient à la fois une hauteur et un serrage adéquats. La pose était significativement plus fréquente en présence de fractures instables (TILE C). Aucune réduction significative du saignement artériel actif n’a été démontrée de manière globale, bien que les données angiographiques suggèrent un effet potentiellement protecteur, à interpréter avec prudence au regard des limites méthodologiques. L’augmentation de l'épaisseur du tissu sous-cutané trochantérien apparaissait comme un facteur limitant la qualité du serrage. La reproductibilité inter observateurs s’est révélée excellente, mais plus variable selon les sous-groupes de la classification de TILE.
Conclusion
Malgré des recommandations bien établies, les ceintures pelviennes restent insuffisamment utilisées et fréquemment mal posées dans la pratique clinique réelle. Si leur taux d’utilisation est plus élevé chez les patients présentant les fractures pelviennes les plus sévères, leur efficacité dépend avant tout de facteurs techniques, en particulier un positionnement correct au niveau trochantérien et un serrage adéquat. Dans cette étude, l’utilisation des ceintures pelviennes n’était pas associée à une réduction significative du saignement artériel actif, bien que les données angiographiques suggèrent un possible effet protecteur devant être interprété avec prudence.
Compte tenu du faible nombre de patients présentant un saignement artériel actif, des études prospectives multicentriques fondées sur de larges cohortes et des critères pronostiques robustes seront nécessaires pour confirmer ces résultats.
Les ceintures pelviennes sont encore largement sous-utilisées chez les patients présentant une indication, malgré des recommandations bien établies
La qualité de pose des ceintures pelviennes est souvent insuffisante en termes de hauteur de pose et de serrage.
L’utilisation des ceintures pelviennes n’est pas associée à une réduction significative du saignement actif artériel au scanner.