Objectifs
La pathologie des voies lacrymales se révèle le plus souvent par un épiphora chronique traduisant une pathologie obstructive, où l’étiologie muqueuse inflammatoire prédomine. Les tumeurs des voies lacrymales sont rares et trop souvent diagnostiquées tardivement. Elles regroupent essentiellement 2 groupes distincts : tumeurs épithéliales et lymphomes. Leur pronostic diffère significativement, d’où la nécessité d’une prise en charge spécifique précoce, à partir d’une orientation étiologique dès les premiers examens d’imagerie. L’IRM est indiquée en 2e ligne après un dacryoTDM retrouvant une lésion suspecte. L’IRM joue un rôle clé dans leur caractérisation, l’évaluation de l’extension loco-régionale orientant ainsi la prise en charge. Des différences morphologiques et fonctionnelles, notamment sur les séquences injectées et en diffusion (ADC) , ont été rapportées entre ces entités, mais les données restent limitées en raison de la rareté de ces tumeurs et de l’absence de critères IRM spécifiques validés. L’objectif de cette étude est de comparer les caractéristiques IRM des tumeurs épithéliales et lymphomes des voies lacrymales, en corrélation avec les données histopathologiques chez 14 patients.
Matériel et méthode
Cette étude rétrospective monocentrique inclut 14 patients consécutifs pris en charge au CHNO des 15-20 entre janvier 2019 et décembre 2025 pour une tumeur des voies lacrymales confirmée histologiquement (7 lymphomes, 7 tumeurs épithéliales). Tous les patients ont bénéficié d’un protocole IRM orbitaire incluant des séquences dédiées (T1, T2, DWI, injection de gadolinium). Les données cliniques, morphologiques et fonctionnelles ont été analysées et comparées entre les deux groupes. Les prélèvements histologiques ont été relus et corrélés aux données radiologiques. L’ensemble des données qualitatives et quantitatives a fait l’objet d’analyses statistiques descriptives et comparatives utilisant notamment des tests non paramétriques.
Résultats
RÉSULTATS
Les données épidémiologiques ainsi que la présentation clinique ne diffèrent pas significativement entre les 2 groupes. Il en est de même pour l’aspect des tumeurs au dacryo TDM.
L’étude des séquences en IRM a permis de mettre en évidence plusieurs différences. Les tumeurs épithéliales ont tendance à présenter morphologiquement un aspect focal, “suspendu” différent de l’aspect “infiltrant” extensif retrouvé dans les lymphomes (p=0.286 , OR = 6.25). Un rehaussement modéré (p=0.02) et homogène (p=0.03) oriente également vers l’hypothèse de lymphome. Enfin ,une valeur du signal ADC sur les séquences de diffusion, significativement plus basse dans le groupe des lymphomes, a été mise en évidence (p=0.04). Une valeur seuil d’ADC inférieure à 0,78 × 10⁻³ mm²/s montrant ainsi des performances significatives (Se=85.7% ; Sp=100%).
Conclusion
Malgré un effectif limité en raison de la rareté de ces lésions , les résultats confirment les hypothèses émises à partir des aspects en imagerie connus dans d’autres localisations. Les lymphomes et les tumeurs épithéliales peuvent être différenciés à partir de leurs caractéristiques en Diffusion et de leur rehaussement. Les données recueillies sont concordantes avec les éléments, disponibles de façon limitée, dans la littérature scientifique à propos des tumeurs des voies lacrymales. Ce travail s’inscrit donc comme l’un des premiers à fournir des données qualitatives et quantitatives à propos de l’aspect en IRM des tumeurs des voies lacrymales , obtenues à partir d’une méthodologie structurée.
Lymphomes et tumeurs épithéliales des voies lacrymales peuvent être différenciés en IRM à partir de leurs caractéristiques en Diffusion et de leur rehaussement.