Objectifs
Évaluer la valeur ajoutée de l’IRM rachidienne en urgence par rapport au scanner seul chez les patients présentant un traumatisme thoraco-lombaire AO Spine A/B sans déficit neurologique, en se concentrant sur son impact sur la prise en charge clinique.
Matériel et méthode
Cette étude rétrospective monocentrique a inclus des patients traumatisés consécutifs ayant bénéficié d’un scanner (CT) et d’une IRM rachidienne entre novembre 2023 et octobre 2025. Le scanner constituait l’examen de référence initial, tandis que l’IRM était utilisée comme modalité complémentaire pour la caractérisation des fractures et l’évaluation du complexe ligamentaire postérieur (CLP).
Les modifications de la stratégie thérapeutique (conservatrice, mini-invasive, invasive) avant et après l’IRM ont été analysées. Les tests de Wilcoxon apparié, de McNemar et de symétrie ont été utilisés selon les cas. L’accord a été évalué à l’aide du coefficient κ de Cohen. Les facteurs prédictifs de modification de prise en charge induite par l’IRM ont été explorés par test exact de Fisher et par régression logistique multivariée.
Résultats
Au total, 158 patients ont été inclus (114 hommes ; âge moyen 35,8 ± 12,4 ans). L’IRM a détecté davantage de vertèbres fracturées que le scanner (2,2 ± 1,8 vs 1,5 ± 1,0 ; p < 0,001).
L’IRM a entraîné une modification de la stratégie thérapeutique chez 19 patients (12 %), principalement une escalade de la prise en charge (p < 0,001). La classification AO Spine a été modifiée après IRM chez 39 patients (25 %), avec un accord global substantiel entre IRM et scanner (κ = 0,64 ; p < 0,001).
L’IRM a identifié significativement plus de lésions de la bande de tension postérieure que le scanner (48 vs 16 patients ; p < 0,001). Après ajustement, aucune variable issue du scanner n’était indépendamment associée à un changement de prise en charge.
Conclusion
L’IRM rachidienne en urgence apporte des informations cliniquement pertinentes au-delà du scanner dans certains traumatismes thoraco-lombaires, permettant d’affiner la décision thérapeutique.
- L’IRM rachidienne dans les traumatismes thoraco-lombaires sans déficit neurologique peut modifier la prise en charge, notamment pour les burst-fractures, en orientant entre traitement percutané mini-invasif et chirurgie.
- Malgré des signes indirects précis au scanner, des lésions capsulo-ligamentaires restent découvertes à l’IRM et influencent la stratégie thérapeutique.
- La classification AO Spine est significativement modifiée après IRM, soulignant les limites de l’évaluation par scanner seul et l’intérêt d’une IRM dans des cas sélectionnés pour individualiser le traitement.