Objectifs
Etudier la composition corporelle au scanner thoracique au cours de la BPCO.
Etudier l'association entre les indices scannographiques de composition corporelle et la sévérité fonctionnelle de la BPCO.
Matériel et méthode
Il s'agit d'une étude rétrospective descriptive analytique, menée à l'hôpital universitaire Fattouma Bourguiba de Monastir, en collaboration entre les services d'imagerie médicale et de pneumologie, incluant les patients suivis pour BPCO explorés par une tomodensitométrie thoracique et une spirométrie dans un intervalle maximal de 12 mois.
L'analyse des scanners a été réalisée en fenêtre médiastinale et pulmonaire avec des reconstructions multiplanaires. Nous avons étudié les paramètres scannographiques reflétant la composition corporelle incluant la surface musculaire des muscles pectoraux et la surface de la graisse sous cutanée en appliquant une segmentation à l'aide du seuillage de densité. Nous avons également mesuré la densité osseuse au niveau des corps vertébraux de T4,T7,T8 et T10.
Résultats
Nous avons inclus 84 individus, d'âge moyen de 72 ans avec une nette prédominance masculine (97,6%). Les patients étaient répartis en deux groupes de sévérité GOLD 1-2 (27,4%) et GOLD 3-4 (72,6%).
L'étude de corrélation entre les paramètres spirométriques et les mesures scanographiques de la composition corporelle a montré une corrélation positive modérée entre le VEMS et la surface des muscles pectoraux (R=0,45) ainsi que l'index de surface musculaire rapporté à la taille² (R=0,411) avec p<0,001. La surface de la graisse sous cutanée rapportée à la taille² était faiblement mais significativement corrélée au VEMS (R=0,224 ; p=0,04).
La surface musculaire des muscles pectoraux droits et gauches, ainsi que leur somme, était significativement plus réduite chez les patients appartenant au groupe de sévérité GOLD 3-4 (p =0,002, 0,008 et 0,009). L'index musculaire pectoral ajusté à la taille était significativement plus bas dans les stades de sévérité évoluée (p=0,006).
A l'inverse, la surface de la graisse sous cutanée, l'index ajusté à la taille ainsi que la moyenne de densité osseuse mesurée en T4, T7, T8 et T10 ne présentaient pas d'association significative avec la sévérité fonctionnelle (p=0,087, 0,084 et 0,786).
L'analyse multivariée a montré que l'index musculaire était inversement lié à la sévérité de la BPCO (OR=0,654 ; p=0,002). En effet, chaque diminution d'une unité (1cm²/m²) était associée à une augmentation de 53% du risque d'appartenir au groupe GOLD 3-4 (OR inversé=1,53 ; p=0,002).
Conclusion
Les résultats de notre travail s’inscrivent dans le contexte d'une prise en charge plus globale de la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), marquée par une place croissante de l’imagerie thoracique dans l'évaluation de la composition corporelle et dans la détermination de biomarqueurs associés à la sévérité de la maladie.
L’intérêt du scanner dans la prise en charge de la BPCO prend de plus en plus d’importance dans la recherche de comorbidités, qui sont fréquentes mais sous diagnostiquées, en particulier la sarcopénie et l’ostéoporose.
La sarcopénie est un facteur pronostic associé à la sévérite de l'obstruction bronchique.